Voisin de pressing: Mesurez le perchloréthylène pour préserver votre santé

En octobre 2018, un gérant de pressing a été condamné à un an de prison et plusieurs dizaine de milliers d’euros d’amende pour le décès d’une voisine. En cause l’utilisation de perchloréthylène pour le nettoyage à sec et l’exposition des occupants du bâtiment. Ce produit chimique est un COV de la famille des organochlorés utilisé comme solvant pour le nettoyage à sec dans les pressings. Hautement volatil, il peut contaminer les logements voisins et mettre la vie des habitants en danger.  Comment mesurer ce polluant toxique pour l’Homme? Quels sont les valeurs guide de l’air intérieur? Quels sont les risques pour la santé? Quelles sont les obligations des pressings? Comment se protéger de cette pollution de l’air intérieur?

Le tétrachloroéthylène (CAS 127-18-4) ou perchloréthylène est un solvant organique de la famille des organochlorés, c’est-à-dire des molécules chimiques comportant au moins un atome de chlore. Il est volatil à température ambiante et fait partie des composés organiques volatils (COV). Il est notamment utilisé dans les pressings pour le nettoyage à sec des vêtements et son odeur est caractéristique de cette activité artisanale ou industrielle.

Comme le perchloréthylène est volatil, il peut se diffuser dans l’air ambiant et contaminer les logements ou les bureaux situés dans le même bâtiment ou dans les bâtiments voisins. En conséquence, les habitants de logements et les occupants des bureaux sont exposés à ce polluants. Kudzu Science vous aide à faire le point sur cette substance toxique.

Comment mesurer la présence et la concentration de perchloréthylène dans l’air intérieur de son logement ou de son bureau ?

La présence de tétrachloroéthylène dans l’air intérieur induit un risque pour la santé des occupants. Contrôler la présence de ce polluant dans l’air intérieur est essentiel si vous habitez à proximité d’un pressing ou d’une société de nettoyage à sec. La pollution de l’air intérieur par le perchloréthylène peut également provenir d’une pollution du sol par ce solvant, comme c’est bien souvent le cas pour les terrains ayant accueillis une blanchisserie industrielle.

La mesure de perchloréthylène dans l’air intérieur se fait très facilement à l’aide d’un capteur passif contenant du charbon actif. Ce dispositif de prélèvement est placé dans la pièce à analyser pendant une durée de 7 jours consécutifs et envoyé au laboratoire pour l’analyse de l’échantillon d’air. Aujourd’hui, seule une analyse en laboratoire permet d’obtenir les niveaux de fiabilité et de sensibilité compatibles avec les enjeux de la qualité de l’air intérieur. Vous pouvez utiliser un kit d’analyse COV pour mesurer ce polluant dans l’air en sélectionnant les déclinaisons 13 polluants ou 26 polluants. Avec ces kits d’analyse, en plus du tétrachloroéthylène, vous pourrez réaliser un bilan complet de la qualité de l’air intérieur avec notamment la mesure des BTEX (Benzène, Toluène, Ethylbenzène et Xyènes)

Quels sont les risques pour la santé d’une exposition au perchloréthylène ?

Le tétrachloroéthylène est une substance chimique identifié depuis plusieurs dizaines d’années comme dangereuse pour la santé comme de nombreuses autres molécules de la famille des organochlorés.

Le perchloréthylène est classé par l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) comme substance cancérigène probable (Groupe 2A) et comme cancérigène possible (C3) chez l’Homme par l’Union Enropéenne . Dans sa fiche toxicologique pour le tétrachloroéthylène, l’INRS rapporte également que  cette molécules est irritante pour la peau et les muqueuses (yeux, nez, bouche, voies respiratoires) et qu’il peut également induire des troubles neurologiques.

Ce polluant de l’air intérieur est considéré comme préoccupant avec le même intérêt que le benzène et le formaldéhyde. A ce titre, l’obligation réglementaire de surveillance de la qualité de l’air intérieur dans les établissement recevant du public (ERP) d’accueil des enfants (crèches, école primaires, écoles élémentaires, collèges, lycées …) intègre la mesure du perchloréthylène si l’établissement est situé à proximité d’une industrie ou d’un pressing utilisant cette substance.

D’une manière générale, il est important de limiter au maximum son exposition au perchloréthylène, en particulier pour les femmes enceintes, les bébés et les jeunes enfants.

Quels sont les valeurs guide de l’air intérieur (VGAI) pour le perchloréthylène ?

Les valeurs guide de qualité de l’air intérieur sont établies par les autorités de santé et permettent d’évaluer les niveaux de risques pour la santé de l’exposition aux substances dangereuses.

Les recommandations de l’OMS concernant le perchloréthylène fixent la valeur guide à 250 µg/m3 pour la concentration maximum de ce polluant dans l’air intérieur. Cette valeur est reprise par les autorités sanitaire Françaises (ANSES) avec une valeur guide de l’air intérieur (VGAI) fixée à 250 µg/m3 et une valeur d’action rapide fixée à 1250 µg/m3.

D’une manière générale, il est important de limiter au maximum son exposition au perchloréthylène.

Quelles sont les obligations des pressings?

Comme toute activité professionnelle, les pressings n’échappent pas au code de l’environnement et de la santé publique. Ils ont l’obligation de répondre aux normes concernant l’émission de substances chimiques dans l’air, de mettre en place des solutions pérennes et de contrôler régulièrement l’efficacité de celle-ci.

Le perchloréthylène est un solvant identifié comme problématique et fait l’objet de la mise en place de solutions de substitution. Ainsi, il sera interdit d’utilisation pour les activités de nettoyage à sec à partir de 2022.

Au niveau de la santé au travail, les dirigeants de pressings ont une obligation de contrôle de l’exposition professionnelle aux agents chimique pour l’ensemble de ses salariés. Ce contrôle est réalisé en relation avec la médecine du travail.

La surveillance de l’exposition professionnelle au perchloréthylène peut s’effectuer à l’aide de capteurs passifs sur une durée de 8h. Ils sont soit placés dans l’ambiance de travail, soit sur l’opérateur pour effectuer une mesure individuelle de l’exposition. l’INRS répertorie et met à jours continuellement les valeurs limite d’exposition professionnelle (VLEP). Celle pour le perchlroéthylène est fixée à 138 mg/m3 pour une durée d’exposition de 8h de travail, soit 100 fois plus que la valeur limite d’exposition tolérée dans les locaux contigus à un pressing et fixée à 1250 µg/m3.

Comment se protéger à cette pollution de l’air intérieur et se prémunir de l’exposition au perchloréthylène?

La présence de perchloréthylène dans l’air intérieur présente un risque pour la santé, notamment pour les femmes enceintes et les enfants en bas âge.

La première étape de l’amélioration de la qualité de l’air à mettre en oeuvre est de limiter la source de pollution. Les pressings ont l’obligation réglementaire de traiter leurs effluents gazeux et de s’assurer que le traitement est approprié et efficace.

Ensuite, l’aération de son logement avec un air exempt de perchloréthylène (air extérieur) peut constituer une seconde étape pour l’amélioration de la qualité de l’air intérieur.

Un équipement de traitement de l’air utilisant du charbon actif peut aussi permettre de diminuer significativement la concentration de ce polluant dans l’air intérieur. Lors du choix de votre système de traitement de l’air, rappelez-vous que l’efficacité peut être variable d’une marque et d’un modèle à l’autre.

En raison de son mode de fonctionnement, il n’est pas recommandé d’employer un système de traitement de l’air utilisant la technologie de la photocatalyse pour traiter un problème de pollution de l’air intérieur par des solvant organochlorés, comme le perchloréthylène, en raison de la formation d’une molécules hautement irritante pour les voies respiratoires: le phosgène, substance utilisé pendant la première guerre mondiale comme arme chimique.