Travaux et pollution de l’air intérieur : les bons gestes

On profite souvent des vacances d’été pour réaliser des travaux dans son logement : décoration, rénovation, ameublement, peinture, tapisserie… Et souvent, l’odeur caractéristique de ces nouveaux matériaux reste perceptible pendant plusieurs mois. Cette « odeur de neuf » comme appelée dans le langage courant, est en réalité issue de l’émission de COV (composés organiques volatils) dans l’air intérieur du logement. Présents en trop grandes quantités, ces COV peuvent avoir des effets néfastes sur la santé. Comment éviter les risques et agir pour un environnement plus sain ?

Dans les campagnes de l’OQAI de 2002 et 2007, du formaldéhyde a été détecté dans 100% des logements testés.

La famille des COV

Les COV sont une famille de composés organiques qui sont volatils dans des conditions de pression et de température ambiantes. Ces composés sont essentiellement concentrés dans l’air d’environnements clos, dans lesquels nous passons en moyenne jusqu’à 20h par jour. En respirant environ 12 000 L d’air par jour, nous y sommes fortement exposés. La qualité de l’air intérieur de nos logements est essentielle pour préserver notre santé sur le long terme.

Parmi tous ces composés, nous allons nous intéresser en particulier au formaldéhyde : c’est le plus petit des aldéhydes. Il est aussi appelé méthanal, et on le retrouve dans la composition du formol sous forme aqueuse (dilué). C’est un biocide (désinfectant), mais il est utilisé dans de nombreuses autres applications.

formaldehyde
Formule développée du formaldéhyde

Le formaldéhyde est corrosif, toxique, et CMR (cancérogène – catégorie 1B , mutagène – catégorie 2, reprotoxique). À température ambiante, il se présente sous la forme d’un gaz inflammable.

Quels effets sur la santé ?

Effets sur la santé
Le formaldéhyde peut avoir plusieurs effets néfastes sur la santé

Voici une liste informelle d’effets sur la santé causés par une exposition chronique au formaldéhyde :

  • Irritations oculaires et respiratoires
  • Maux de tête
  • Troubles respiratoires comme une difficulté à respirer ou des douleurs dans la gorge
  • Troubles du sommeil
  • Suspecté d’être à l’origine de troubles neurologiques (perte d’équilibre, diminution de la dextérité…)
  • Sous de fortes concentrations d’exposition, les irritations peuvent être les signes précurseurs du développement de tumeurs ou de cancers du nasopharynx
  • Une forte exposition peut entraîner un œdème pulmonaire
  • Une ingestion entraîne des ulcères dans le système digestif

Il peut également être à l’origine du développement de réactions allergiques : le formaldéhyde se lie aux protéines qu’il rencontre dans l’organisme, et c’est ce qui contribue à déclencher le mécanisme allergique. Ces réactions proviennent principalement d’une exposition de contact (peinture, cosmétique, produits ménagers) et se manifestent sous la forme d’eczéma localisé, ou de réaction généralisée (choc anaphylactique). Il est aussi suspecté de favoriser le développement d’asthme.

Où trouve-t-on du formaldéhyde ?

Le formaldéhyde est produit de façon naturelle sur Terre par plusieurs procédés. Le métabolisme d’un organisme vivant en produit en faible quantité, chez l’homme, l’animal, et même des bactéries, des planctons ou encore de la végétation. Citons encore : la combustion de biomasse, les premiers stades de décomposition de résidus organiques, ou par oxydation photochimique de COV dans la troposphère.

Mais le formaldéhyde reste davantage présent dans l’air intérieur que dans l’air extérieur. Dans une pièce, on trouve plusieurs sources d’émission de formaldéhyde. La quantité d’émission est particulièrement forte dans des pièces où des travaux ont été effectués récemment, où beaucoup de nouveaux matériaux ont été apportés.

Voici des exemples de sources d’émission de formaldéhyde dans un logement :

  • Tout bois non brut (bois aggloméré, panneaux OSB, panneaux MDF, contreplaqué) que l’on peut retrouver dans un parquet, une table, un bureau, un lit…
  • Bougie ou encens
  • Mousses synthétique (canapé, coussins)
  • Tout type de chauffage avec combustion (poêle en bois, plaque de cuisson …)
  • Fumée de cigarette
  • Peinture ou colle (tapisserie …)
  • Certains produits ménagers
logement neuf
Le bois non brut émet du de faibles quantités de formaldéhyde

De façon plus générale, voici les principales sources d’émission de ce composé et domaines dans lequel on le retrouve :

  • Le formaldéhyde est principalement utilisé dans la fabrication de polymères et de produits chimiques
  • Dans certains détergents
  • Tout ce qui implique une combustion de composé(s) carboné(s) : feux, fumée de cigarette, cuisson d’aliments, poêle à bois, bougie, encens, carburant …
  • Peintures
  • Colle à tapisserie
  • Colle permanente dans la fabrication de bois aggloméré, de contreplaqué, de laine de verre, de tapis, ou encore de mousses synthétiques.
  • Utilisé par les thanatopracteurs et dans les laboratoires d’anatomopathologie comme biocide, conservateur ou fixateur pour des échantillons biologiques ou des cadavres
  • Conservateur dans certains vaccins
  • Utilisé dans certains traitements cutanés (ex : verrues)
  • Contenu dans certains médicaments
  • Contenu dans certains produits cosmétiques
  • Plusieurs utilisations dans le secteur dentaire
  • De façon illégale dans la conservation d’aliments (En Chine – scandale de 2012)
  • Comme inhibiteur de corrosion
  • Fabrication de papier
  • Fabrication du cuir
  • Fabrication de revêtements de surface
  • Fabrication de produits abrasifs (toiles, papiers…)
  • Etc…

Mesure et valeurs sanitaires de référence

La valeur seuil informative ou valeur guide (valeur à laquelle il est nécessaire de prévenir les autorités compétentes et le propriétaire du logement) est actuellement fixée à 30 µg/m3 d’air. Cette valeur passera à 10 µg/m3 d’air en 2023.

La valeur d’action rapide (valeur à laquelle il est nécessaire de prévenir les autorités compétentes et le propriétaire du logement, ainsi que d’agir pour réduire la quantité de formaldéhyde dans l’air) est fixée à 100 µg/m3 d’air.

Il n’existe à l’heure actuelle aucune obligation pour les particuliers en cas de dépassement de l’un de ces seuils. Par contre, les professionnels sont obligés de surveiller régulièrement leur exposition aux différents composés mentionnés dans le document « Valeurs Limite d’Exposition Professionnelles aux Agents Chimique en France » (INRS), et de mettre en place des actions en cas de dépassement des seuils fixés.

La mesure de concentration de formaldéhyde dans l’air peut se faire de plusieurs manières. Chez Kudzu Science, nous avons choisi d’utiliser un support contenant un réactif chimique (DNPH). L’air entre dans le boitier de prélèvement, et les aldéhydes (dont le formaldéhyde) et cétones présents se fixent sur le support. Une fois l’échantillon retourné au laboratoire, nous « décrochons » les molécules fixées par désorption chimique, en utilisant un solvant adapté. Il ne reste plus qu’à analyser l’échantillon et interpréter les résultats pour vous indiquer la concentration de ces composés dans votre logement.

Vous pouvez retrouver notre kit Formaldéhyde juste ici :

Ainsi que tous nos autres kits Air juste ici.

Les bons gestes pour limiter l’exposition au formaldéhyde :

Il existe plusieurs façons de limiter l’émission de formaldéhyde et d’autres COV dans nos logements. En ce qui concerne les produits de construction et de décoration émissifs, depuis le 1er Janvier 2012, les fabricants ont l’obligation d’indiquer une note allant de A+ à C sur l’emballage. Ainsi, privilégiez du matériel noté A+, qui émettra moins de COV que du matériel noté C (à éviter).

Voici d’autres conseils simples à mettre en œuvre :

  • Fumer en extérieur
  • Nettoyage régulier des hottes / cheminées
  • Après travaux, aérer la pièce concernée pendant au moins 1 mois de façon régulière
  • Aérer le logement au moins 30 min par jour, si possible plusieurs fois dans la journée (par exemple : 10 min le matin au réveil, 10 min à midi, 10 min le soir avant le coucher)
  • Vérifier le bon fonctionnement de la VMC
  • Eviter le bois non brut
  • Vérifier la composition et l’indice d’émission (de A+ à C) des produits disponibles dans le commerce
  • Eviter de stocker des solvants, de la peinture, de la colle, ou tout autre produit susceptible d’émettre des COV dans vos espaces de vie
  • Pendant les travaux, se protéger à l’aide d’un masque adapté
Aerer le logement
Aérer le logement régulièrement dans la journée

Si vous venez d’avoir un enfant, n’installez pas le nouveau-né dans la pièce neuve dans les 3 mois qui suivent la fin des travaux. Laissez les matériaux émettre la plus grande partie des COV qu’ils contiennent et pensez à aérer en continu la pièce durant cette période.

Enfin, si vous venez de terminer des travaux durant cet été, profitez des dernières chaleurs pour ouvrir vos fenêtres et renouveler l’air autant que possible.