Epandages agricoles de pesticides et réintroduction des néonicotinoïdes

L’arrêté datant de fin 2019 redéfinit les distances minimales d’épandages de pesticides à proximité des habitations, toujours bien en-dessous des valeurs préconisées par plusieurs ONG. De plus, un projet de loi visant la réintroduction des néonicotinoïdes dans l’agriculture française sera présenté à l’Assemblée Nationale début Octobre.

Quelles sont les distances minimales d’épandage de pesticides ?

La plupart des épandages agricoles se déroulent de Février à Octobre, soit environ le trois-quarts de l’année. Durant cette période, les logements à proximité des cultures peuvent être particulièrement exposés aux pesticides utilisés.

Ces pesticides, généralement sous forme liquide, sont pulvérisés en de fines gouttelettes sur les cultures, dans le but de couvrir une surface maximale d’application. En réalité, avec ce mode d’application, la majeure partie du produit pulvérisé n’atteint pas sa cible mais se propage plutôt alentour, et ses composés sont détectables jusqu’à plusieurs kilomètres de distance. La propagation dans l’air est inévitable, et la concentration de ces composés est la plus forte à proximité directe de la zone d’épandage.

Certaines de ces substances présentent des risques avérés pour la santé, comme par exemple des irritations, des difficultés respiratoires, des cancers … et certaines présentent même des risques pour le développement du fœtus chez la femme enceinte. Les risques augmentent lorsque l’on est exposé quotidiennement, comme c’est le cas pour les personnes résidant à proximité directe des zones de culture (car leur logement est contaminé). Les bâtiments s’en retrouvent contaminés, et les composés nocifs s’accumulent dans la poussière.

Alors que plusieurs ONG préconisent une distance minimale entre la zone d’épandage et le lieu de résidence comprise entre 100 et 150 mètres, l’arrêté de décembre 2019 fixe cette distance à 5 mètres, et pouvant descendre à 3 mètres avec une dérogation.

Les logements proches des cultures sont exposés aux pesticides.

Voici en détail les distances minimales d’épandages fixées depuis cet arrêté  de décembre 2019 (ici) :

  • 5 mètres pour les cultures basses (légumes, céréales …)
  • 10 mètres pour les cultures hautes (arbres fruitiers, vignes …)
  • 20 mètres incompressibles pour les produits ayant une des mentions de danger suivante : H300, H310, H330, H331, H334, H340, H350, H350i, H360, H360F, H360D, H360FD, H360Fd H360Df, H370 et H372 ; ou pour les produits contenant une substance active considérée comme ayant des effets perturbateurs endocriniens néfastes pour l’homme (liste ici)

Mais ces distances peuvent être réduites avec une dérogation :

  • Passage à 5 mètres (au lieu de 10 mètres) pour l’arboriculture (Vergers, arbres fruitiers … )
  • Passage à 3 mètres (au lieu de 10 mètres) pour la viticulture et les autres cultures, sauf à proximité des établissements accueillant des « personnes vulnérables », comme les écoles, les hôpitaux, les crèches, et les maisons de retraite.

Pour obtenir cette dérogation, il y a plusieurs mesures obligatoires à appliquer : le matériel utilisé doit être « anti-dérive » pour diminuer la largeur des zones non traitées à proximité des milieux aquatiques et les distances de sécurité à proximité des zones d’habitation. De plus, le demandeur de la dérogation doit adopter les « chartes d’engagement départementales ». Pour l’utilisation de produits phytosanitaires (désherbage des voiries par exemple) : il doit y avoir une concertation publique et une validation par les préfets en amont.

Réintroduction des néonicotinoïdes

Interdits depuis 2018, les néonicotinoïdes viennent d’avoir un premier feu vert de nos députés pour leur réintroduction progressive dans le monde agricole français entre 2021 et 2023. Le projet de loi sera présenté le 5 octobre 2020 devant l’Assemblée Nationale.

Depuis cette interdiction, la production de betteraves française baisse parfois jusqu’à 50%, principalement à cause d’une maladie : la jaunisse. Celle-ci est transmise aux plantes principalement par le biais du puceron vert. Les néonicotinoïdes permettent d’éliminer de nombreux insectes pour favoriser le développement et la croissance des plantes, dont le puceron vert.

Mais ces substances sont persistantes dans l’environnement : elles y restent longtemps, et s’y diffusent. Après dissémination dans les sols, il suffira d’une averse pour entrainer les pesticides en profondeur par ruissellement. Il y aura alors un risque de contamination des ressources en eau telles que les nappes phréatiques et les cours d’eau à proximité.

Mais ce n’est pas tout, il a été démontré que les néonicotinoïdes affectent particulièrement les abeilles, en perturbant leur capacité d’orientation : elles ne parviennent plus à rejoindre leur ruche. Elles finissent par mourir prématurément et leur récolte ne pourra pas alimenter la colonie. Non seulement les apiculteurs en sont impactés, mais c’est tout l’écosystème auquel les abeilles sont indispensables qui en est impacté. Elles jouent un rôle majeur dans la pollinisation, et donc dans la survie de notre environnement. Leur nuire revient à nuire à l’ensemble des espèces vivantes dépendantes de leurs actions, y compris l’Homme.

Les abeilles sont particulièrement vulnérables aux néonicotinoïdes.

Voici une liste des néonicotinoïdes actuellement présents dans des produits commerciaux :

  • L’acétamipride (Suprême, Polysect, Bambi, Equinoxe … ; pour le traitement des arbres, légumes, pomme de terre, tabac, rosiers, etc. ; produit par Scotts et Bayer CropScience)
  • La clothianidine (Poncho – usage interdit en France; produit par Bayer CropScience) ;
  • Le dinotéfurane (Dinotefuran ; produit par Mitsui Chemicals)
  • L’imidaclopride (Gaucho, Confidor – beaucoup d’usages refusés/retirés en France ; produit par Bayer CropScience) ;
  • Le nitenpyrame (Nitenpyram ; produit par Jiangsu Sword Agrochemicals)
  • Le thiaclopride (Proteus ou Proteus (mention abeille – emploi autorisé durant la floraison ; produit par Bayer CropScience)
  • le thiaméthoxame (Cruiser, Actara, Luzindo – usage autorisé provisoirement en France sur la vigne ; produit par Syngenta).

La majorité de ces composés sont classés comme toxique, irritant, sensibilisant, narcotique, et dangereux pour le milieu aquatique.

Pictogrammes respectifs désignant les catégories toxique, irritant, sensibilisant, narcotique et dangereux pour le milieu aquatique.

Il existe des solutions moins agressives pour lutter contre le puceron vert : des plantes ou des insectes qui sont efficaces contre leur prolifération. Agir Pour l’Environnement propose d’ailleurs une liste de solutions alternatives à leur utilisation de façon générale.

Testez votre exposition aux pesticides

Si vous vivez à proximité d’une zone de culture, vous êtes sans doute exposé aux pesticides. Des répercussions sur votre santé peuvent se manifester jusqu’à plusieurs années après le début de votre exposition à ces substances.

Kudzu Science vous offre la possibilité de tester votre exposition en analysant vos cheveux ou la poussière de votre logement.

Pour en savoir plus, rendez-vous sur notre site web :